vendredi 26 mai 2017

Écrire une nouvelle simple dans son méga-univers

Si ta pile de "notes sur l'univers" ressemble à ça,
 cet article pense à toi.
Cet article n'est pas aussi abouti que je le voudrais, mais je le libère parce qu'à un moment il faut savoir accepter quelque chose d'imparfait.

Aujourd'hui, donc, on parle d'écrire des nouvelles spécifiquement pour les gens :

- Qui ont un "univers" dans leur tête fait de toutes leurs idées pour un monde alternatif où il se passerait des choses ;
- Qui voudraient mettre tout ça dans un roman ;
- Qui n'y parviennent pas ;
- Qui n'envisagent pas encore d'écrire des nouvelles.

C'est spécifique mais je suis certaine que ça peut servir à quelqu'un.

Passons à l'article avant que cette introduction devienne beaucoup trop longue.


Argument pour l'écriture de nouvelles.

J'ai entendu dire quelque part qu'un bon roman parle toujours de deux choses, au choix :
  1. L'univers tout entier, la vie dans son entièreté : l'histoire propose une vision globale du monde.
  2. Un détail très précis nous connectant à notre humanité.
Vous avez développé pendant des années des idées pour un univers vaste - fantasy, science-fiction, espionnage, saga familiale dans le Vercors... le genre n'importe pas.

Vous ne parvenez toutefois pas à vous lancer sur LE ROMAN qui permettra à cet univers de rencontrer les autres êtres humains qui ne sont pas vous et ne le connaissent donc pas encore.

Pourquoi n'y parvenez-vous pas ? Plusieurs raisons sont possibles, aucune n'excluant les autres :
  • Vous ne trouvez pas de fil narratif à suivre : votre univers est un tout, il n'y a pas de début et de fin d'histoire satisfaisantes.
  • Vous craignez de dénaturer vos idées au prétexte que vous "écririez mal" : vous considérez votre univers comme trop important pour un écrivain débutant tel que vous.
  • Vous souffrez d'un blocage dont vous n'identifiez pas l'origine.
Dans tous ces cas, j'ai un conseil à vous donner : avant d'essayer d'écrire LE ROMAN qui traiterait de l'univers tout entier, de la vie dans son entièreté (option 1) : écrivez une nouvelle qui traite d'un détail très précis (option 2).

Si j'étais méchante, mon article s'arrêterait là. Je vais développer.


"Oui, mais on vient de dire que je ne trouve pas de fil narratif intéressant à séparer dans mon univers".

Il existe des tas de détails très précis de la vie de tous les jours qui peuvent être développés de façon intéressante. Et sur un univers entier, il y a forcément des personnages qui ont une vie quotidienne et font des trucs auxquels on peut s'identifier.
  • Votre personnage va faire ses courses.
  • Votre personnage va acheter des clopes.
  • Votre personnage s'occupe du chat du voisin parti en vacances.
  • Votre personnage s'engueule avec un membre de sa famille.
  • Votre personnage tombe amoureux.
  • Votre personnage se relève de sa chute amoureuse.
  • Votre personnage fait un trip aux champignons hallucinogènes.
  • Votre personnage chope un bateau pour naviguer.
  • Votre personnage fait de la rando à la recherche de nids d'oiseaux.
  • Votre personnage fait la cuisine.
  • Un milliard d'autres trucs.
Ce que vous pouvez explorer à travers ces histoires simples ?
  1. La vie intérieure de votre personnage. Elle va donner une couleur au traitement de ce détail très précis. Votre personnage fait de la cuisine : s'il est plutôt enjoué de nature, il va kiffer. S'il est tristoune, il va se plaindre de manger de la merde. S'il est anxieux, il va passer son temps à réfléchir à autre chose que ce qu'il est en train de faire. etc.
  2. Ses rapports aux autres individus. Votre personnage est ouvert ? Fermé ? Ment-il ? Est-il honnête ? Est-il heureux de ses rapports aux autres ? Malheureux ? Aide-t-il ? Essaie-t-il toujours de refiler du boulot aux autres ? Est-il un patron ? Un employé ? Un chef de famille ? Un enfant ? etc.
  3. Ses rapports aux systèmes. Crise économique ? Taxes ? Travaille-t-il, son revenu lui convient-il ? A-t-il peur de la politique, en est-il partie prenante ? Travaille-t-il dans les affaires, dans le divertissement, dans l'approvisionnement, dans le social ? etc.
Vous pouvez vous cantonner, vous pouvez placer un début, une fin et une progression à un ou quelques personnages pour une seule histoire. Et si vous n'avez pas tout exploré ou si vous avez été obligé de simplifier un élément de l'univers pour que la nouvelle fonctionne, on s'en fout : vous n'avez pas fini d'explorer ; vous pourriez écrire d'autres nouvelles ; LE ROMAN attend toujours d'exister, et les compétences que vous allez développer en écrivant ces nouvelles ne pourra que l'aider.

Vous aurez peut-être du mal à placer la frontière au début, voudrez ajouter quatre paragraphes directement tirés de vos "notes sur l'univers" histoire que l'action soit compréhensible, mais plus ça ira et plus vous serez à l'aise pour raconter des histoires qui n'ont pas besoin d'un million d'années de backstory.

Et non, ce n'est pas grave si votre histoire ne parle pas de la fois où le monde a failli être détruit mais où le héros l'a empêché à la dernière minute. Ce n'est vraiment, vraiment pas grave. Il y a d'autres choses intéressantes dans le monde que sa fin.


"Oui, mais on vient de dire que je ne sais pas écrire".

Faites des phrases. Sujet, verbe, complément. Si elles sont moches, on s'en fout. De temps en temps accordez-vous une fantaisie, un adverbe un adjectif une proposition circonstancielle. Piquez des tournures de phrase trouvées dans des livres dans des articles sur une affiche de votre rue.

On fait beaucoup de foin de la focalisation ; peut-être utilisé-je l'expression "beaucoup de foin" parce que j'ai cette chance qu'elle m'a toujours parue naturelle. Choisir la focalisation, c'est répondre à la question : qui raconte l'histoire (ou au moins cette scène que vous êtes en train d'écrire) ? Une caméra qui flotte, un personnage lui-même ? Vous pouvez évidemment changer de point de vue mais modifier la focalisation sans raison ou structure apparente est considéré comme une faute de goût.

Passons à l'action. Que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? Qui est présent ? Qui est en train d'effectuer une action ? Quelle action ? Qu'en pense ce qui ? Qu'en pensent les autres ? Que se passe-t-il après ? Pensez causes et conséquences, c'est plus facile.

Imaginons un exemple. Lieu : devant une cabane dans la forêt, la nuit. Événement : du bruit dans les fourrés. Réaction du personnage principal, il sort son fusil. Réaction du personnage secondaire, il met sa main sur le fusil pour en baisser le canon, parce qu'ils ne savent pas encore ce qui fait ce bruit et qu'il trouve que le personnage principal est un peu trop trigger-happy. Réaction du personnage principal, il déclenche une dispute. Réaction du responsable du bruit dans les fourrés, il se casse dans la direction opposée parce qu'il a peur. Réaction, les deux personnages lui courent après mais le perdent. C'est déjà une histoire. Et c'est facile à décrire avec des mots.

Le conseil est très bateau, mais le coup du "imagine une scène de film et écris ce qu'il se passe" est valable dans la mesure où le cinéma peut se rapprocher de la vraie vie. Pas dans le sens où les scénarios seraient crédibles ou quoi : au cinéma, vous avez deux sens, la vue et l'ouïe (pour ceux d'entre nous qui disposent de la vue et de l'ouïe) pour suivre ce qui se passe. Dans la vraie vie, vous en avez plus que ça, vous avez une attache au sol, vous pouvez vous balader comme vous voulez et intervenir comme vous voulez dans ce qui est en train de se passer. C'est beaucoup de paramètres, et les réduire à ceux d'un film peut vous aider à vous en sortir. Pensez à ajouter des informations qui manquent quand vous aurez le temps, le genre de choses qu'on ne perçoit pas au cinéma : des pensées, de la température, des goûts, des parfums.

Quand vous commencerez, ce ne sera pas terrible (incohérent, incompréhensible, moche, que sais-je) ; puis vous comprendrez des trucs qui ajoutent de la cohérence, de la compréhensibilité et de la joliesse, vous améliorerez vos textes, et de là vous ne ferez qu'enrichir votre bibliothèque de trucs conscients ou inconscients.


"Oui mais je bloque".

C'est quoi, l'écriture, pour vous ? Sacré ? Difficile ? Inutile ? Inintéressant ? Parce que si vous en avez des conceptions mentales qui impliquent que vous êtes trop ou pas assez bien pour vous mettre devant votre papier ou devant votre PC et écrire, quand bien même ça ne se formule pas exactement comme ça dans votre tête, ça va bloquer.

Tout le monde écrit plein de trucs. Un français sur deux écrirait, neuf sur dix de ces un sur deux ne rédigeraient que leur autobiographie. Ça donne la mesure d'à quel point l'écriture est un loisir créatif/un artisanat/un art répandu. Et ce n'est pas très étonnant puisqu'on en apprend les bases dès l'âge de six ans. Il n'y a ni honte ni gloire à coder ses pensées sous forme de mots.

Écrivez pour vous. Vos nouvelles doivent vous plaire. LE ROMAN doit vous plaire. Peut-être que la pile infinie de "notes sur l'univers" vous satisfait déjà telle qu'elle est, en réalité ; que vous n'avez pas besoin d'écrire LE ROMAN. Vous pourriez penser que personne ne veut lire votre pile de "notes sur l'univers", que seul LE ROMAN peut intéresser d'autres gens, mais rien ne vous empêche d'écrire un blog pour la mettre en ligne et voir ce qui se passe. Y a des "encyclopédies imaginaires" comme ça. Des bibles de jeu de rôle. Des galeries d'art virtuelles.

Le fruit de votre écriture doit aussi vous satisfaire parce qu'il vous aura demandé des efforts. Les efforts, c'est fatigant. Votre récompense pourra venir de l'extérieur si vous êtes chanceux mais tout ce que vous pourrez tirer de positif de l'effort et du résultat eux-mêmes atténuera le négatif de l'effort. Et plus l'écriture sera une source de positif, moins vous aurez besoin de vous prendre la tête et plus vous écrirez. En fait, si je ne parle même plus de nouvelles et de LE ROMAN, oubliez le verbe "écrire" : plus la création sera une source de positif, moins vous aurez besoin de vous prendre la tête et plus vous créerez. Faites-vous confiance, respirez à fond et allez-y.


"Aucun de ces conseils ne m'aide".

Comme j'ai dit, cet article n'est pas aussi abouti que je voudrais. Par ailleurs, je ne suis qu'une seule personne avec ses seules réflexions plus les échos mémoriels de conseils donnés par d'autres personnes.

 Cet article ne vous aide peut-être pas parce que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde (ou juste parce qu'il est nul), mais chacun est créatif à sa propre façon (oui, même Grégoire le contrôleur de gestion, la preuve : il a inventé le très élégant code couleur de ses tableurs Excel) et vous pouvez forcément trouver quelqu'un qui sera passé par là où vous êtes passé et a trouvé une sortie qui vous conviendra.

Si malgré ça vous avez envie de parler du sujet dans les commentaires, je serai là et au taquet pour vous répondre.

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